Spirit of Tommy LiPuma

Saint-Émilion Jazz Festival 2017

Par Dom Imonk

En mars dernier, la planète jazz a eu bien du mal à contenir toutes ses larmes, et les yeux se troublent encore aujourd’hui, car Tommy LiPuma, l’un de ses plus nobles défenseurs est parti retrouver ses amis musiciens tout là-haut, pour jammer d’étoile en étoile, en surfant sur la voie lactée. La carrière musicale de ce jeune homme de 80 printemps est époustouflante car, en tant que producteur, respecté et incontournable, il a abordé bien des styles et a d’un coup de baguette magique transformé bon nombre de disques en galettes d’or, jonglant ainsi avec les grammies. Les labels qu’il traversa sont prestigieux : Liberty et Imperial records qu’il représenta, Blue Thumb qu’il co-créa, sans oublier les grosses locomotives auxquelles il collabora, et/ou qu’il (co-) dirigea, comme A&M, Columbia, Warner Bros, Elektra, Grp et Verve. Une sorte de « chaussée des géants » dont il illumina chacun des pavés. Quant à la liste des artistes produits, elle est longue et s’étire aux quatre coins du jardin musical jazz qui nourrit notre bonne vieille Terre, et même au-delà. En effet, la force visionnaire de Tommy LiPuma, c’est d’avoir décloisonné les territoires d’expression des styles, bannissant les frontières et œuvrant pour une certaine universalité artistique. Ainsi, il a pu faire (re) découvrir et aimer des musiciens tels que Michael Franks, Al Jarreau, Mark-Almond, George Benson, Dr John, Gabor Szabo, Miles Davis (Tutu et Amandla)… la liste est longue ! Mais aussi des divas telles que Natalie Cole, Randy Crawford, Barbra Streisand et même, plus récemment, Diana Krall. On n’oubliera pas non plus la belle Claudine Longet et l’on réécoutera avec grande émotion le sublime « Across the crystal sea » de Danilo Perez, orchestré par le grand Claus Ogerman, disparu lui aussi il y a peu, et bien souvent associé à Tommy LiPuma (Michael Franks, Diana Krall…). Si l’on ajoute que question pop/rock notre homme a aussi œuvré pour Dave Mason et Paul McCartney et qu’en « pure » jazz on a pu le retrouver aux côtés d’Horace Silver et en co-production du somptueux « You must believe in spring » de Bill Evans, alors on se dit que le parcours est exemplaire et donne bien envie de le suivre ! Et le suivre, nous étions déjà beaucoup à faire ça dans les seventies/eighties. Faute d’internet, nous avions bien la presse écrite, et des discussions passionnées avec nos disquaires favoris, mais le petit plus, c’est qu’une fois rentrés à la maison, nous dévorions le verso et les notes intérieures de nos pochettes de vinyles, à l’affût du moindre renseignement ou détail, noms des musiciens, lieu d’enregistrement, producteur, ce qui permettait de faire des liaisons entre les disques et d’en choisir même certains, à la seule vue du nom de notre producteur fétiche ! Nous étions tous sensibles à ce sens du « beau » que Tommy LiPuma parvenait à développer d’album en album et, l’air de rien, il nous proposait ainsi d’attrayantes passerelles vers le cœur du royaume du jazz et de sa genèse, et nous nous engouffrions insouciants dans cette lumineuse direction. Dominique Renard, qui préside le Saint-Émilion Jazz Festival depuis ses origines en 2012, est l’un de ces passionnés de musique. Fou de jazz, accro aux pochettes et friand d’anecdotes, il est intarissable sur tous les artistes cités plus haut, tendance jazz « west coast » pour la plupart, mais sa voix s’anime encore plus et ses yeux brillent d’autant quand on évoque Frank Zappa et Steely Dan. Une ouverture d’esprit « grand angle » qui forge l’unité de ce festival. Force supplémentaire, une profonde amitié s’est nouée avec Tommy LiPuma, qui est depuis longtemps l’un de ses héros, au point que dès l’origine du festival, l’illustre producteur en fut nommé le président d’honneur, il était présent dès ses premiers pas. La tristesse était donc grande cette année car celui-ci devait participer à la 6°édition, qui voyait la réouverture de la douve du Palais Cardinal pour trois soirs. L’esprit de Tommy LiPuma a pourtant bien été présent, comme s’il surveillait tout ça de là-haut, en envoyant un peu partout des ondes positives, circulant entre le Parc Guadet et la douve, accueillant un public nombreux et ravi, invitant le soleil et repoussant la pluie menaçante à la toute fin du concert de clôture des Zappy Birthday Mister Frank. Très belle idée que ce poignant hommage filmé, rendu tous les soirs à notre producteur, à la douve, entre les sets, avec le témoignage d’un autre grand ami, le critique en œnologie Robert Parker, suivi d’un documentaire. En 1977 sortait le « Sleeping Gypsy » de Michael Franks, magnifique pépite produite par Tommy LiPuma, avec les somptueux arrangements de Claus Ogerman, et Al Schmitt aux manettes. Il ne faut plus être triste ! Alors écoutons en boucle cet album, et le morceau « Don’t be blue », signé par le batteur John Guerin, c’est un hymne lourd de sens, faisons le nôtre !

Par Dom Imonk

saint-emilion-jazz-festival.com

Initialement paru dans La Gazette Bleue n° 24 – Septembre 2017 .

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