MARCIAC AFTER HOURS

Par Dom Imonk

Tout festival de jazz devrait avoir droit à ses « after-hours », moments privilégiés d’après-concert, sortes de cellules psycholo-jazzistiques où des musiciens viennent taper la jam, laissant souvent la part belle à l’improvisation. Tout ça pour un public insomniaque, encore sous le choc des concerts juste vécus, ravi que la fête continue, et de pouvoir ainsi se soigner en s’abandonnant en d’interminables et joyeux « débrifs », autour de quelques mojitos, et autres rafraîchissements. Dans le Gers, l’on ne déroge pas à la règle et à Jazz in Marciac en particulier, où tout le monde se souvient des très riches heures du passé, ces fameuses 3° mi-temps musicales qu’on n’aurait manquées sous aucun prétexte, et qui se déroulaient près du grand bar au pied du chapiteau. Des musiciens du bis y jouaient jusqu’à pas d’heure, quelquefois rejoints (ou simplement observés) par de grands noms, qui venaient juste de terminer leur set sur la grand’ scène. Le public adorait ! Au fil du temps, les choses se sont déplacées vers le Marciac « downtown », dans quelques lieux privés comme l’Atelier ou, plus récemment, le J Go. Lieux sympathiques, vivants et vite bondés. Mais il y a aussi la Place principale du village, plus aérée, celle où se tient le bis dans la journée, et l’on peut y écouter de la bonne musique jusqu’à une heure avancée de la nuit. Une aubaine ! Ainsi, dans la douce nuit du 06 août, alors que certains avaient pu se trémousser sur les rythmes endiablés du chapiteau, avec le Volcan Trio, suivi du Roberto Fonseca « Abuc », et que d’autres avaient préféré le confort feutré de l’Astrada, avec Jazz & Harmonies (Harmonie des Petites Landes) et LPT3 qui invitait Michel Marre, nous nous sommes retrouvés sur cette fameuse place pour assister à un concert bien vitaminé, suivi d’une jam mémorable. Il y a de la place pour tous, l’ambiance est décontractée, il fait bon vivre et la nuit est belle. Ce soir, c’est un sextet formé d’excellents jeunes musiciens, que l’on reverra par ailleurs. Alex Monfort (du trio AMT) est au clavier électrique, Olivier Gay (de l’Isotope Trio) à la trompette, Oscar Siffritt à la guitare, Jean-François Mercadié au sax ténor, Gabriel Pierre à la contrebasse et Tom Peyron à la batterie (lui aussi de l’Isotope Trio). Tous issus de l’école Didier Lockwood,  sauf Gabriel Pierre qui a suivi d’autres études à Paris, Alex Monfort leur a trouvé un nom : Le « Cmdl jazz collective ». Pas mal ! Un combo en forme de croisement, particulièrement efficace, qui va nous endiabler la soirée à force d’un jazz groove vraiment musclé, s’appuyant sur des reprises rondement menées. Jugez plutôt, on a eu droit au « Wayne’s Thang » de Kenny Garrett, au « Watermelon Man » de Herbie Hancock et les Headhunters et au « Footprints » de Wayne Shorter, version Terence Blanchard. Ces morceaux ont enchanté le public car ils furent prétextes à de belles improvisations et de beaux chorus, tels qu’on les aimait tant dans les seventies. Pas de limite, les thèmes se développent, ils sinuent dans la nuit comme on cruise sur le sunset boulevard, la lune surveille tout ça, les verres tintent et les rires fusent. Le groupe a invité de sérieuses pointures qui s’en sont donné à cœur joie en une jam qui nous a tous conduits vers les deux heures du mat’ : Gustave Reichert à la guitare, très fine lame de la six corde, déjà présent l’an dernier, et Illyes Ferfera au sax, carrément coltranien ce soir-là, et bouillant comme la braise. Bref, une Marciac night jam session de feu ! On s’est couché tard, mais personne n’a regretté ces instants-là, où, affalés sur les sièges, on écoutait insouciant la musique, les yeux à l’affut des étoiles filantes.

Alexandre Monfort nous a donné rendez-vous le lendemain vers 17 heures, pour le retrouver en trio

acoustique à Bulles de Jazz, un joli établissement au coin d’une petite ruelle, non loin de là. Un endroit très accueillant où le champagne est excellent et la musique de qualité. On ne s’est pas fait prier. Les notes envahissent le bar, le trio joue quelques compositions fort bien enlevées du leader. On retrouve avec plaisir Gabriel Pierre à la contrebasse et Tom Peyron à la batterie. Une joyeuse complicité les unis. Ces jeunes savent jouer, pas comme des machines ou des têtes bien pleines d’accords et de partitions, mais comme des artisans du musical neuf, avec leur personnalité, leurs manies, leurs trucs, et cette inventivité fraîche et décidée qui nous a tous emballés. Ajoutons à cela qu’en guise de cadeaux, on a eu droit à quelques standards joliment revisités, dont une belle version de All the things you are, et un Naima carrément speedé. Comme quoi à Marciac, pour savourer un jazz frais et pétillant à souhait, avant ou après l’heure, c’est aussi la bonne l’heure !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s