The Claudia Quintet et le Big Band du Conservatoire – Rocher 10 mars 2016

John Hollenbeck et l’orchestre du conservatoire de Bordeaux au Rocher de Palmer 10-03-2016

Par Dom Imonk, photos Pierre Murcia

Chronique parue le 01 mai 2016 dans la Gazette Bleue N°16 • Mai 2016 

Au Rocher, les lendemains chantent, et si le Claudia Quintet nous a époustouflés la veille, quel choc ce soir encore ! Au conservatoire Jacques Thibaud, Julien Dubois à la charge des musiques actuelles amplifiées et jazz, et il fourmille d’idées pour former tous ces jeunes gens. On sait l’efficacité de sa méthode, pour avoir maintes fois écouté ses étudiants, de jams en concerts enflammés. Il confiait récemment vouloir entraîner le Big Band à jouer la musique de John Hollenbeck, en particulier celle de son « Large Ensemble ». Rappelons qu’elle fut aussi reprise en 2010 par l’ONJ de Daniel Yvinec, disque « Shut up and dance ». Il y a deux ans, Julien Dubois invita déjà François Jeanneau pour une expérience similaire, et on se souvient aussi que l’an dernier, la musique de King Crimson fut à l’honneur, le Big Band donna quelques concerts, dont un au Rocher de Palmer, de nouveau partenaire. Reprendre des thèmes du Large Ensemble était un vrai challenge car ce sont de longues plages qui puisent en partie leurs sources dans la musique américaine, notamment minimaliste ou répétitive, pouvant être éloignées du jazz. Et s’est aussi posé la question du chant, assuré ce soir par Emeline Marcon (Sur l’album « A Blessing », le chanteur est Theo Bleckmann).

C’est en petite formation que débute le concert avec « Jazz envy », « Nod » et « Arabic ». On retrouve l’ébouriffant mélange d’influences qui nous a sonnés la veille, auquel nos jeunes s’adaptent fort bien. Alexandre Aguilera est à la flûte, Eddie Dhaini à la guitare (plutôt free/bruitiste), Pierre Emmanuel Faye aux claviers et Brice Matha aux saxes alto et soprano. John Hollenbeck veille au grain et les encadre d’un drumming magistral. La toile contemporaine qu’il tisse autour d’eux, aidé de Chris Tordini et de Red Wierenga, annonce ce qui va advenir dès l’arrivée du Big Band (*). Près d’une vingtaine de musiciens rejoignent leurs pupitres, sous la baguette attentive de Julien Dubois. Matt Moran et Jeremy Viner viennent compléter le Claudia Quintet alors que le Big Band s’installe. Tiré de « A Blessing, c’est un « Folkmoot » de splendeur qui a ouvert le bal, vibrante histoire d’amour, le public est saisi. De l’émotion, il y en avait aussi dans le bouleversant « Blessing », dédié à la grand-mère du batteur. Porté par une machinerie lumineuse, le doux chant d’Emeline Marcon a su toucher les « infractuosités de l’âme », avec poésie, optimisme et espoir. L’engagement et l’humour de John Hollenbeck se sont retrouvés dans le puissant « Perseverance », tiré de « Eternal interlude », où trois saxes ténor figuraient les trois candidats aux élections américaines de 2008. Et c’est le titre « Eternel interlude » qui a suivi, sorte d’opéra contemporain lancé comme une locomotive, dont l’inspiration pouvait évoquer John Adams ou Charles Ives. Autre grand moment avec « Foreign One », dédié à Thelonius Monk, une chevauchée fantastique incroyable, alimentée d’un irrésistible riff de basse, et de chorus échevelés. D’autres passages nous ont plongés dans des grooves bizarres, qui n’étaient pas sans rappeler les folles échappées des Loundge Lizards. Des dizaines d’heures de répétitions ont été nécessaires à ce projet, mais la réussite est totale. Une révélation ! Sous la brillante direction de Julien Dubois, tous les membres du Big Band ont été remarquables d’écoute et de jeu, et la présence de John Hollenbeck et de son Claudia Quintet a irradié l’évènement de cette intelligence au magnétisme contemporain, qui élève la musique en la faisant plus belle et multiple.

(*) Saxophones/flûtes : Brice Matha, Jonathan Bergeron, Alexandre Aguilera, Jérôme Mascotto, Mathis Pollack, Jonathan Paillet. Trompettes : Loïc Genneguez, David Bonnet, Paolo Chatet, Louis Gachet, Trombones : Sylvain Marthouret, Didier Lacombes, Hiroyo Machida, Frank Duhamel, Rémy Parmentier Lemière, Piano : Pierre-Emmanuel Faye, Basse : Jonathan Hedeline, Batterie : Simon Lacouture, Guitare : Eddie Dhaini, Chant : Emeline Marcon.

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