Le Saint-Émilion Jazz Festival aime le funk

Dimanche 19 Juillet

Texte et photos par Dom Imonk (hormis la photo du bandeau)

Texte paru le 01 septembre 2015 dans la Gazette Bleue N° 12

sain t emilion jazz festival

Souvenons-nous de ce final éblouissant en 2013, avec Electro Deluxe et Chic & Nile Rodgers. Des graines en furent plantées et, en 2015, on a pu voir quatre beaux pieds de vignes, dont le raisin généreux a enivré le public ravi d’un Parc Guadet en fête.

Frogjam ouvre le bal. C’est une formation solide et pro. Une musique qui séduit d’entrée, par sa puissance et la qualité des compositions. Le groupe a joué son premier album – « Opus One » – du nom d’un prestigieux vin californien. Mais d’autres titres ont été ajoutés comme « Evolution », « Zombie », « Shake », « I love the Beat » et « A frogjam ». L’inspiration de « Frogjam » trouve ses sources dans une diversité réjouissante. Ainsi va-t-on de l’esprit Jamiroquai aux Mother’s Finest, en passant par du hip-hop, de la soul, du funk, le tout habité d’un succulent mood jazzy. C’est Olivier Lalanne (basse, voix), qui est le front man et entraine toute la bande avec un timbre bien rageur et une basse qui caoutchoute l’ensemble, bien aidé de Patrice Eyboulet (batterie), qui n’a pas démérité en remplaçant Maxime Barrière. La section des soufflants est très pointue et enjolive tout. C’est carré et ça scintille, sans être rutilant : Florent Lavergne (sax), Maxime Ohayon (trompette) et Philippe Hauquier (flugabone) sont clairement des fans des JB Boys. Ajoutons enfin trois piliers indispensables de « Frogjam » qui sont Vincenzo Naibo (guitare), discret mais riffs et son omniprésents, Joffrey Hurstemans (claviers) au jeu coloré et truffé de chorus bouillants et Kubix (DJ), dont la maîtrise des platines et des samples nous a sérieusement téléportés dans les 90s. Quelle claque !

FROGJAM

La partie n’était donc pas forcément gagnée pour Foolish King qui suivait, et pourtant… Il faut dire qu’on connait un peu ce groupe car trois de ses membres – Julien Bouyssou (claviers), Charlie Dufau (guitare) et Julien Lavie (batterie) – officient aussi dans l’excellent et très roots Electric Boots, déjà évoqué dans nos colonnes. Alors la force de ces trois-là, à laquelle s’associent la voix très soul et le charisme de la chanteuse Charlie Dales, ainsi que les lignes de basse bien musclées de Victor Bérard, ça ne peut que donner quelque chose de très chaud ! Forts de deux albums, « Foolish King » (2012), et « City Lifetime » leur dernier EP (2014), ils investissent l’espace d’un groove élégant, où se marient avec passion soul, funk et blues. Charlie Dales sait chauffer ses boys et le public, qui en reste baba. Il faut la voir traverser la scène de long en large et séduire, par sa posture, et une belle voix enflammée, qui n’est pas sans revendiquer l’influence d’une Aretha Franklin, ce qui n’est pas peu dire. Le groupe, très soudé, répond au quart de tour et chacun y va de ses lignes ou chorus avec une irrésistible énergie. Des envolées les plus torrides aux ballades les plus smooth, « Foolish King » nous emporte dans son univers, où les dance floors des années 70 ne sont jamais très loin. Musique jouissive et ébouriffante !

FOOLISH KING

Nous voici en début de soirée, le Parc Guadet est bondé. Le public se restaure joyeusement, on déguste les précieux vins de Saint-Émilion, un régal. Il fait encore très beau (et chaud) et les arbres centenaires du Parc forment les mats immenses d’un accueillant bateau, sur lequel on est bien heureux de naviguer !
Mais voilà déjà les Shaolin Temple Defenders ! Grosse machine bien huilée qui va nous délivrer un groove puisant ses forces dans le funk, la soul et le rhythm and blues 60/70s. Tous les morceaux s’enchainent avec une logique implacable et révèlent des compositions sonnant superbement et fort bien écrites, issues de leurs quatre albums : « Chapter 1 – Enter the temple » (2006), « Chapter 2 – Gettin the spirit » (2008), « Take it Slow » (2010) et « From the inside » (2013). On n’oubliera pas leur participation au brûlant « W.O.M.A.N » (2009) de la grande Martha High (James Brown, Maceo Parker). Tous ces albums sont sur Soulbeats Records. Brother Lion (voix, tambourin) conduit avec aisance, d’une très belle voix catchy, un groupe puissant qui parcourt le monde depuis dix ans pour distribuer la parole groove. Formation très efficace, répondant à la moindre des incitations et insufflant grâce et magie à cette musique. Chapeaux bas donc à Mickey Fourcade (batterie), à Jérémy Ortal (basse), à Pierre Petit (guitare), à Cédric Lacaze (orgue, flute), à Laure Fréjacques (trompette) ainsi qu’à Vincent Le Fort (sax).

SHAOLIN TEMPLE DEFENDER 2

C’est Nina Attal qui avait la charge de clôturer le festival. Jeune chanteuse guitariste d’à peine 23 ans, qui fut remarquée en 2013 par Jerry Barnes, le bassiste de CHIC. Celui-ci l’amena enregistrer son nouvel album « Wha » aux célèbres Avatar Studios de New York, accompagnée de son guitariste Philippe Devin et de quelques gros légumes du coin. En live, ça décoiffe très fortement en mode soul/funk/blues. Elle a une voix haut-perchée, toujours juste et soulful en diable. Elle s’échappe dans des zones vocales qui électrisent l’air et que ne renieraient pas certaines reines du style. Nina est déjà princesse de bien des nuits où ses mots de cristal taquinent les étoiles ravies. Non contente d’être une nouvelle voix avec laquelle il faudra compter, elle double son art d’un talent reconnu de guitariste blues. Ainsi, en plein chorus bien bluesy, elle est carrément descendue dans le public, continuant à jouer, comme le font certains bluesmen (Buddy Guy, Lucky Peterson…), le public a adoré ! Son groupe est rompu à tous ces exercices et se révèle redoutable quand il faut astiquer l’arme funky. La rythmique est précise et puissante : Mathieu Gramoli (batterie) et Edouard Coquard (basse, voix). Les soufflants font étinceler la nuit : Sylvain Fetis (sax) et Vincent Echard (trompette). Quant à Nicolas Mary, il nous a enchantés de ses claviers groovy à souhait, alors que Philippe Devin (guitare, voix) n’a pas laissé le moindre répit à sa jeune patronne! Groupe de choc que l’on découvrait et qui nous a époustouflés ! Merci à Dominique Renard et à toute l’équipe du Saint-Émilion Jazz Festival, ce millésime 2015 fut une vraie réussite. Vivement l’édition 2016 !

NINA ATTAL 1

Texte et photos par Dom Imonk (hormis la photo du bandeau)

 

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