JAZZ AND BLUES FESTIVAL 2015 – 20 ans, le plus bel âge ! –

Écrit par Dom Imonk
Photos Thierry Dubuc

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

OTIS TAYLOR

En cette belle terre de graves, les grands vins font l’objet des soins les plus attentifs. Ils y a des années fastes, et des périodes maigres, les vignerons s’échinent, rien n’est jamais acquis et tout peu se perdre en quelques semaines. Mais la passion a presque toujours raison du découragement. Toutes proportions gardées, c’est un peu à cette rude tâche que s’attellent chaque année les programmateurs de festivals, surtout quand il s’agit de musiques comme le jazz, plus marginales que celles imposées par les médias à la majorité des foules. C’est le même destin que connaissent les crus du Jazz & Blues Festival, dont le président, Jacques Merle, a toujours fait le dos rond, face à l’adversité, et a tenu bon cap. Aidé d’une solide équipe de bénévoles et de partenaires sérieux, il s’est toujours efforcé d’offrir des musiques sincères et de qualité, à un public certes fidèle mais dont la relance est chaque année nécessaire.
Ainsi donc, la 20° du festival est arrivée, avec de bien beaux plateaux, disséminés de Léognan à Beautiran et de Martillac à Saucats.

->Dès le jeudi 04 juin, la fête a commencé au Centre Culturel de Beautiran, menée par le quintet de la chanteuse Flora Estel, avec Fabrice Camelio (piano), Thomas Lachaize (saxophone) Grégory Ricoy (contrebasse) et Thierry Oudin (batterie). Un groupe solide et rompu à des exercices de haut swing, distribuant des notes de fête à qui voulait s’animer, aux sons parfumés de Louis Armstrong et de Nat King Cole, sans oublier la grande Ella Fitzgerald.

->Vendredi 05 juin, direction la Halle de Gascogne, en plein cœur de Léognan. Soirée spéciale « quintet », avec trois concerts. En ouverture, le tout nouveau quintet de la chanteuse et pianiste Marine Garein-Raseta (1° prix du Tremplin Action Jazz 2014). Elle s’est entourée de ses « boyz », quatre garçons très talentueux, tous issus comme elle du conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux. L’équipe est jeune et motivée, et on les sent très attachés à ce beau projet. L’ambiance jazz-soul-groove est du meilleur effet, sur de jolies compositions de Marine, qui a trouvé sa voie, chante bien et rayonne. On a beaucoup aimé le jeu de ses acolytes, de vrais pros qui enrichissent le discours : En front de scène, Jonathan Pailler (saxophone) et Jean-Loup Siaut-Surmer (guitare), qui se sont partagé des chorus très inspirés et volubiles, alors que la rythmique grondait derrière, avec les profondes lignes de basse d’Alexis Cadeillan et le drumming redoutable d’un Pierre Lucbert, récemment « endorsé » par la marque Yamaha. Marine sait choisir ses amis. Chapeau à ce groupe, on le suivra de près !
Puis ce fut le tour de Ronald Baker, parrain du festival, venu avec son quintet jouer son 7ème opus, « Celebrating Nat king Cole ». Ce natif de Baltimore est un habitué du lieu. Il a joué avec les plus grands et a aussi été invité dans d’autres festivals comme Montreux, Montreal et Marciac. Son superbe jeu de trompette rivalise avec son chant, souvent empreint d’humour, mais d’une belle maitrise et dont le feeling jazz et blues lui donne les ailes d’un performer vif et très attachant. Pour jouer son jazz, plutôt classique mais d’un bel éclat, il est accompagnés de musiciens épatants, jamais en reste pour faire eux aussi le spectacle : Alain Mayeras (piano), Jean-Jacques Taib (saxophone), David Salesse (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie), s’en sont donné à cœur joie et ont tenu la dragée haute à leur leader, qui en frémissait d’aise. Beau set, public conquis !

RONALD BAKER

Concert de clôture de la soirée avec une grande dame. Catherine Russell et son quintet, venue ranimer la flamme, s’il en était besoin, de la musique de Louis Armstrong, dont son père, Luis Russell, fut le directeur musical. Elle venait nous présenter son dernier album, « Bring it back ». La chanteuse a une classe qui force au respect. Présence élégante sur scène, sobriété et justesse d’une voix presque fragile, toujours bien placée, libérant son feeling sur un fil. Sa musique est un doux jazz vintage, ce sont les « fondamentaux », mais l’absence de frime et d’effet gratuit aide au message qu’elle veut transmettre, sur son histoire, sur son amour des thèmes de Louis Armstrong, qui furent principalement joués. Ses musiciens ont grandement participé à la réussite du concert. Philippe Baudoin (piano), Nicolas Peslier (guitare), Pierre Maingourd (contrebasse) et Sylvain Glévarec (batterie), jouent vrai et on sent bien la force de l’expérience dans leurs interventions. A la fin du concert, à la surprise du public, Ronald Baker est revenu sur scène, à l’invitation de Catherine Russell, pour un final délicieux, marqué par un profond respect mutuel. Chapeau bas !

->Le samedi 06 juin, fête du blues, musique chère à ce festival. Une première partie assurée par un duo aux rythmes très enjoués : Gladys Amoros (vocal) et Michel Foizon (guitare) avaient la lourde tâche de chauffer un public, venu plus nombreux que la veille, pour vivre le blues et faire honneur à l’un de ses grands représentants. Gladys Amoros a une belle voix qui porte, elle parcourt la scène et harangue le public, avec des mots blues, souvent teintés de soul, quand ils ne sont pas gospel. Michel Foizon est un remarquable associé rythmicien, mais sait aussi se faire très fin soliste. Seul avec sa guitare, il fait le chef d’orchestre en créant des samples d’accords, de rythmique, qui enrichissent la musique. Il accentue le tout par quelques percussions, qui ourlent le chant de sa compagne, en faisant écrin à ses envolées chargées d’un feeling brûlant. Musique visuelle, belles histoires de cœur et passion à tous les coins des mots, on veut les revoir très vite !
En deuxième partie, c’est l’un des derniers grands princes du blues qui a fait trembler les Halles de Gascogne. Jacques Merle a de la suite dans les idées, lui qui me confia il y a deux ans : « j’ai envie de faire venir Otis Taylor », et il l’a fait ! Le blues de ce grand témoin est vaste et profond, évoquant tour à tour la mère Afrique, les grands espaces américains, et ses villes à l’âme de verre et de béton, où il est bien peu fait cas de la communauté noire. Des morceaux plutôt folks, joués au banjo, alternent avec de puissantes pièces, presque obsédantes, où la rythmique semble vouloir enfoncer les clous du destin. La voix du maître, rêche et insistante dit des mots de conviction et d’engagement. Quand Otis Taylor prend sa guitare, c’est pour en sortir des accords épais, des riffs qui ferraillent l’âme et rendent clairs ses messages. Taylor Scott, le deuxième guitariste, n’est pas là pour choruser, mais ça ne manque pas, tant le travail d’Otis est monstrueux de présence. Ce ciel lourd et orageux ménage une place de choix à de belles éclaircies, quand des notes légères s’échappent du violon d’Anne Harris, qui en joue à merveille et s’offre aussi en de délicates chorégraphies. Ajoutons à cela une solide rythmique avec Todd Edmunds (basse) et l’incroyable Larry Thompson (batterie) dont les solos nous ont cloués au sol. Le courant est vraiment passé ce soir-là, entre Otis Taylor et son public, en particulier quand il est descendu de scène pour aller à sa rencontre, tout en continuant à jouer. Instant de pure magie où s’est dévoilé un cœur généreux. Enfin, parmi tous les morceaux superbement joués, dont la plupart tirés de son 14° opus «Hey Joe Opus Red Meat», difficile de ne pas avoir eu la larme à l’œil à l’écoute des « Hey Joe », « Sunday Morning » et autre « Cold and midnight ». Grand concert qui nous pousse à dire « Hey Monsieur Otis », quand reviendrez-vous ?

->Mercredi 10 juin, c’est Martillac qui accueillait les festivaliers, en son Château de Lantic, pour essayer de retrouver les notes jazz, grâce à « Accords perdus », un excellent quartet formé de Laurent Mastella (guitare), Jérôme Gatius (clarinette), Dave Blenkhorn (guitare) et Fred Lasnier (contrebasse). Très connus et apprécié dans la région, ils peuvent tout jouer, mais ce soir-là, ils ont choisi de rendre hommage à Django Reinhardt, et ont fait fête au jazz manouche. Le public ne s’y est pas trompé et leur a fait une standing ovation bien méritée.

->Jeudi 11 juin, toujours à Martillac, mais l’on change de lieu puisque c’est au prestigieux Château Latour Martillac que se produisait le trio du pianiste Philippe Duchemin, avec Christophe Le Van (contrebasse) et Philippe Le Van (batterie). C’est une chance que ces trois chevronnés musiciens aient pu s’arrêter le temps d’un concert. Philippe Duchemin ne cache pas ses passions, d’Oscar Peterson à Bach, en passant par Erroll Garner. Musicien brillant et prolifique, primé et ayant côtoyé les huiles du jazz, il ne pouvait que combler un public attentif et nombreux, en des lieux magiques.

La fête s’est poursuivie le samedi suivant à Saucats, avec le spectacle « Nougaro en 4 couleur » que nous chronique avec chaleur et passion notre ami Philippe Desmond.

Un grand merci à toute l’équipe de Jazz & blues, pour son accueil
Merci aussi aux partenaires de ce festival que l’on retrouve sur http://www.jazzandblues-leognan.fr/

Et rendez-vous le samedi 21 novembre 2015 pour la 23° Nuit du Blues, aux Halles de Gascogne, avec un autre très grand bluesman : Mighty Mo Rodgers !

Écrit par Dom Imonk
Photos Thierry Dubuc

 

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