Festival Jazz360 millésime 2015

Libres courants d’air jazz entre deux mers.

Par Dom Imonk
Photos Alain Pelletier

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Organisé pour la première fois par l’Association Jazz360, créée l’an dernier, le festival vivait sa sixième édition, du 12 au 14 juin. Les bénévoles de la première heure se sont retrouvés autour de Richard Raducanu et il faut croire que ce nouveau statut leur a donné des ailes. Ils nous ont concocté une programmation de tout premier plan, ouvrant en grand les Portes de l’Entre-Deux-Mers à d’irrésistibles courants d’air libre, d’une enivrante fraîcheur de ton. De solides soutiens ont aidé ce beau projet, ainsi que le soleil, et le public, de plus en plus nombreux, a pu fêter le jazz à Cénac, Camblanes, Quinsac et Latresne.

Comme l’an dernier, ce sont de jeunes musiciens qui ont ouvert le bal vendredi, sur la scène du bourg de Cénac. Ils ont allumé le feu de leur bonne humeur, avec tout d’abord Elephant Brass Machine, sorte de joyeuse fanfare afro-jazz, suivie de près par la chorale de jazz de L’école du Tourne. Puis le Big Band du collège de Monségur, déjà présent en 2014, est revenu jouer, sous la direction de Rémi Poymiro. Belle entrée en matière qui souligne le vif intérêt que porte Jazz360 à la nouvelle garde.
Avant d’aborder les concerts du soir, il ne fallait surtout pas dépérir, alors autant s’offrir un succulent « Soupéjazz » au Restaurant des Acacias, avec comme gourmandise, l’excellent Phil Gueguen au piano solo.

Viennent en soirée deux excellents trio, Atrisma tout d’abord, formé des jeunes et déjà très talentueux Vincent Vilnet (p), Johary Rakotondramasy (g) et Hugo Raducanu (dm), puis le Laurent Coulondre Trio, de la vraie dynamite musicale, qu’on s’arrache, formée de Laurent Coulondre (piano, orgue), Remi Bouyssière (contrebasse) et Martin Wangermée (batterie). On se reportera pour ces deux concerts à la chronique de Philippe Desmond pages 25 et 26 de la Gazette Bleue N° 11 .

HUGO RADUCANU JOHARY RAKOTONDRAMASY VINCENT VILNETLAURENT COULONDRE 1

Samedi, rendez-vous à 14h en un bien bel endroit en bord de Garonne. Nous sommes à Camblanes et Meynac, et La Maison du Fleuve nous accueille pour le concert d’un collectif que l’on commence à voir un peu partout. Peuple Étincelle est le nom de ce groupe de cinq musiciens, qui enchantent tous les publics qu’ils rencontrent. François Corneloup (saxophone soprano), Fabrice Vieira (guitare électroacoustique), Michaël Geyre (accordéon), Eric Duboscq (guitare basse électroacoustique) et Fawzi Berger (percussions) sont des conteurs de belles histoires à dire sur les places de villages. Ils jouent leurs propres compositions, qui nous font voyager un peu partout autour de la planète, là où l’on danse et boit des verres, pour se retrouver et faire la fête, mais aussi quelquefois pour oublier qu’on souffre. On sent tour à tour des parfums de bayous, de klezmer, un folklore imaginaire et humain, que les gens, réunis pour s’aimer, comprennent comme un espéranto musical. Une farandole s’est formée devant les musiciens, ravis, et le peuple du Peuple a dansé avec étincelle, sur le bois de la terrasse, en aplomb du fleuve immense. Bien des yeux brillaient de mille feux. Les gens étaient heureux.

Le concert à peine terminé, nous avons foncé à Cénac pour assister à une rencontre avec Thomas Savy, un jeune maître de la clarinette basse. Il s’est soumis avec grâce et disponibilité au jeu des questions. Ses explications très claires ont permis d’aborder divers thèmes, dont celui de l’articulation des mots et des notes. « Pour être compris, il faut articuler » nous a-t-il dit, en évoquant Sonny Rollins. Belle leçon de simplicité aussi, quand il a indiqué que peu importe l’instrument, et sa beauté plastique, ce qui compte, c’est le message à faire passer, et la manière de le faire. Puis nous avons eu droit à un morceau en solo, donnant un avant-goût de son concert du soir.

Au menu du « Soupéjazz » du Restaurant des Acacias : Jazz In Box, un duo de guitares formé par deux sérieuses gâchettes de la guitare bordelaise, j’ai nommé Christophe Maroye et Pierre Génin, venus régaler les convives d’un méli-mélo de standards de jazz et de compositions personnelles.

Le soir venu, on a pu voir que tout ce qu’on a aimé dans l’album « A ciel ouvert », du quartet de Jean-Claude Oleksiak, se retrouvait comme démultiplié en concert. Des fenêtres s’ouvrent à des espaces neufs, les interactions creusent de profonds sillons et l’intense originalité de toutes ces compositions mesure les risques pris. Le jazz n’y flotte pas tranquille, parce qu’il est bousculé par des lames rock joueuses, qui l’aspergent et le poussent à remonter sur sa planche et à s’y tenir debout, car il lui reste des vagues à surfer. Ne me dites pas que, pour ne citer que lui, « Lala Paris bounce » n’a pas goût de rock ! C’est furieux, ça envoi ! C’est peut-être d’ailleurs ce morceau qui est l’hymne du groupe, surtout en live, même si l’on peut trouver plus calme et moins ferraillant. L’un des artisans de ce brûlot, et de quelques autres, c’est un Pierre Perchaud dont la guitare est possédée par l’électricité, on ne l’avait jamais vu jouer comme ça ! Jean-Claude Oleksiak veille au grain et mène un bal oblique avec sa contrebasse. Pas grimaçante pour deux sous, elle délivre un jeu ferme et savant. En associé de rythme, Antoine Paganotti percute peaux et cymbales et pousse le groupe d’un drive rock puissant, en lien d’esprit avec le guitariste. Quant’ à Christophe Panzani (saxophone), on a aimé son langage riche et coloré, ce souffle éclairé, qui n’ont en rien fait regretter son confrère Émile Parisien présent sur l’album. Ce quartet nous a passionnés, c’est l’une des belles surprises de ce festival, et nous ne voudrions plus revenir de ce très beau voyage.

jean claude oleksiak 2

Pourtant il le faut, car voici déjà Thomas Savy et son quintet. De la rencontre de l’après-midi, on avait aussi noté son amour de la mer, ainsi que du blues. Il a évoqué « Archipel », le nom de son groupe et de son premier album sorti il y a huit ans. En 2014, c’est une victoire du jazz qui récompense son troisième opus « Bleu », dont les titres ont été joués ce soir. Dans le concert, on retrouve tout ce qu’il nous a confié. Le jazz de Thomas Savy, c’est un peu les profondeurs d’un « grand bleu » musical, des jeux d’eau somptueux et paisibles et des flirts avec des dauphins qui nageaient le jazz bien avant leur naissance. Son jeu transperce son instrument et dévoile son âme. Je n’ai jamais écouté de clarinette basse jouée comme lui le fait. C’est magique. On pense aussi à du saxophone ou de la flûte. En fait, c’est sa voix, dont la précise articulation révèle beaucoup de lui. Les autres membres de l’archipel créent eux aussi des pépites de beauté. On est impressionné par la palette de Pierre de Bethmann que Thomas Savy nomme l’architecte. Le palais sonore qu’il a participé à construire, tant au piano qu’au fender rhodes, a fait frémir d’aise le public qui s’y est engouffré. Le jeu de Stéphane Kerecki est aussi beau et majestueux qu’un grand arbre. Persistance du boisé dans les notes profondes et espacées, extirpées de sa contrebasse, qui se meut dans un esprit proche d’un Charlie Haden. Les grands espaces de son Canada natal sont évoqués par le jeu de batterie de Karl Jannuska, passé maître ès swing, irrésistible. Tout est vaste chez lui, ses gestes, son drive, des tempos les plus soutenus aux clairières les plus quiètes, son jeu est ouvert et toujours aux aguets. Enfin, le guitariste américain Mickaël Felberbaum, ami d’étude de Thomas Savy, délivre des phrases délectables, qui dévergondent le jazz ambiant par de subtils inserts de blues et de rock. A l’heure où j’écris ces lignes, Pierre de Bethmann (artiste de l’année) et Stéphane Kerecki (album de l’année) sont nommés aux Victoires du Jazz 2015. Pour nous, il est clair qu’ils ont tous gagné ces prix. Ces cinq hommes nous ont offert bien plus que leur musique, des clefs pour aller au-delà de soi, et nous sommes ressortis avec l’impression d’avoir compris un peu plus de nous-même. Concert d’exception!

THOMAS SAVY 1 THOMAS SAVY 2
Le Dimanche, la traditionnelle randonnée matinale a mené les plus vaillants, de Cénac au Château Lestange à Quinsac, pour y assister à deux concerts.
Tout d’abord Isotope Trio, vainqueur du Tremplin Action Jazz 2015 On est à chaque fois impressionné par les possibilités de ce groupe. Originalité des compositions principalement de la plume de Tom Peyron, batteur du trio, dont le jeu sobre et élégant peut créer des polyrythmies changeantes et quelquefois faussement calmes car redoutables en sous-couche, lui n’ayant l’air de rien. Il est en permanence à l’écoute de ses deux camarades et l’alchimie se créé. Thomas Boudé, guitariste, excellent en rythmique -il assure aussi les basses- et fort inspiré quand il prend des chorus, de haute volée et au son boisé comme les grand chênes d’Uzeste, et ce jusqu’aux rives du free. Quant’ à Olivier Gay, son jeu de trompette séduit par sa précision, sa maturité, et ses interrogations, bien dans le courant des chercheurs de sons actuels. On a beaucoup aimé l’hommage que le trio a rendu à Ornette Coleman, en reprenant quelques notes de son bouleversant « Lonely Woman ». Isotope Trio, à surveiller de très près.
Après le déjeuner, c’est au rythme du groove musclé d’Electric Boots que les festivités ont repris. Déjà primés, ces trois garçons ont remporté le prix de la Note Bleue au tremplin Action Jazz 2015. Leur jeu s’étoffe de date en date et l’on ne résiste pas à ce mood festif. Ils revisitent les racines du style en reprenant The Meters et autres Baby Face Villette. Leurs propres compositions sont de la même veine. Julien Bouyssou est tout sourire et créé le contact avec un public qui en redemande. Il nous enroule avec doigté de ses accords subtils et généreux d’orgue Hammond, alors que Charlie Dufau les électrise de sa guitare rock, qui rythme et choruse comme un couteau bien aiguisé. Quant’ à Julien Lavie, il veille au grain, sans jamais faillir, son drive de batterie est précis, carré, et l’on aime ses breaks et ses relances. Les Electric Boots sont d’une taille universelle, alors chaussez les vite, pour pouvoir mieux les suivre.
Pour refermer les portes de ce petit paradis jazz, le Züm Trio est venu conter sa belle poésie en gare de Latresne. D’inspiration multiple, la musique du trio évoque bien des endroits du monde où la beauté résiste, en de secrets endroits. Délicates cartes postales offertes par ces magiciens de l’éphémère que sont Loïc Le Guillanton (guitare), Adèle Docherty (violon) et Michaël Geyre (accordéon) (vu la veille avec le Peuple Étincelle).

Nous tenons à remercier toute l’équipe de Jazz360, et en particulier Richard Raducanu. Chaleur de l’accueil, amitié, autant de mots précieux. Remercions aussi tous les partenaires du festival.
N’hésitez surtout pas à vous tenir informés en visitant leur site : festivaljazz360
Et rendez-vous en 2016 pour la 7° édition de Jazz360 qui devrait se dérouler quasiment aux mêmes dates.

Par Dom Imonk
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